Savoir que le riba est interdit ne suffit pas : au quotidien, les questions sont concrètes. Un petit taux, est-ce encore de l'usure ? Et les intérêts de mon épargne ? Et si j'emprunte par besoin ? Voici sept questions que l'on se pose souvent, et les réponses qu'apporte le livre de Cheikh Mouhammad Sa‘îd Raslân, Riba, la mise en garde contre l'usure. Pour la définition et les deux formes du riba, lisez d'abord notre article le riba en islam : qu'est-ce que l'usure ?
1. Un petit taux d'intérêt, est-ce encore du riba ?
Oui. Le taux ne change rien. Cheikh Raslân cite Ibn Qudâma : « Tout prêt sous condition d’obtenir un supplément est illicite sans aucune divergence. » Et Ibn al-Mundhir : les savants « sont unanimes lorsque le prêteur pose en condition à l’emprunteur de bénéficier d’un supplément ou d’un cadeau, que cet ajout est de l’usure ».
La décision de l'Académie islamique du fiqh, reproduite dans le livre, va dans le même sens : le Coran invite à « se contenter de rendre les capitaux d’argent des emprunts sans aucun ajout ni diminution quelle qu'en soit sa proportion ».
2. Les intérêts que la banque verse sur mon épargne sont-ils permis ?
Certains disent : autrefois, l'usurier était le riche qui prêtait au pauvre ; aujourd'hui, c'est la banque, la plus forte, qui emprunte au petit épargnant et lui verse un intérêt, donc c'est pour son bien. Cheikh Raslân répond que ce sont « des arguments qui ne feraient pas tomber une mouche à mi-hauteur ». Le Coran a fixé la règle sans distinguer le fort du faible : celui qui se repent ne récupère que son capital.
« Si en revanche vous vous repentez, vous aurez droit à votre capital. Vous ne léserez ainsi personne, sans être vous-mêmes lésés. » [Al-Baqara, 279]
3. Et si le prêt sert à investir, pas à consommer ?
Une autre idée répandue limite le riba au prêt de consommation, et permet l'intérêt sur le prêt « d'exploitation », celui qui sert à monter une affaire. Le livre rappelle que cette distinction vient d'un orientaliste, puis a été répétée, et que le mot ribâ désigne tout supplément. Il ajoute que les savants sont unanimes : « le supplément à la dette en compensation d’une échéance est de l’usure qui est concernée par les textes coraniques ».
4. J'emprunte à la banque parce que j'en ai besoin : suis-je concerné ?
Oui. Le Prophète ﷺ a maudit celui qui prend l'usure et celui qui la donne (rapporté par Muslim, n° 1598). Cheikh Raslân prend justement l'exemple de celui qui, « dans le besoin d’argent », va à la banque et emprunte une somme pour en rendre davantage : le banquier et l'emprunteur sont tous deux concernés. Celui qui paie l'intérêt « est lésé », écrit-il, et pourtant « il est tout de même maudit », parce qu'il a soutenu l'autre dans le péché.
Et le crédit immobilier ou le crédit auto ?
Quand il s'agit d'un prêt d'argent remboursé avec intérêt, c'est exactement le cas que décrit le livre : une somme empruntée à la banque et rendue avec un supplément. Chaque contrat a cependant ses détails ; pour un montage précis, présenté comme « islamique » ou non, interrogez un homme de science digne de confiance avant de signer.
Riba, la mise en garde contre l'usure — Cheikh Raslân. Les versets et les hadiths, les deux formes d'usure, la décision des savants sur les intérêts bancaires et les effets de l'usure sur la société. Série Cheikh Raslân, bilingue, Éditions Les Pieux Prédécesseurs. Voir le livre
5. Je me repens : que deviennent mes gains passés et mes contrats en cours ?
Le livre explique, à partir du verset 279 d'al-Baqara : celui qui se repent « si cette opération est antécédente à son repentir, il gardera ses gains passés, son cas sera observé, et si les opérations sont en cours, il se devra de se contenter de son capital et abandonner les excédents liés à l’usure ».
Le Coran le dit aussi, à propos de celui qui renonce après avoir été exhorté :
« Quiconque, exhorté par son Seigneur, renonce à l’usure, n’aura ni à répondre des profits usuraires réalisés dans le passé, ni à les restituer. Et son sort dépendra d’Allah. » [Al-Baqara, 275]
6. Existe-t-il une alternative ?
La décision des savants reproduite dans le livre indique que la seule voie qui fait circuler l'argent selon ce que l'islam agrée est l'ensemble des échanges conformes à la religion, contrôlés par les instances de fatwa, et elle appelle à soutenir les banques islamiques. Le livre rappelle surtout la voie qui ne demande aucun montage : le prêt sans intérêt, le délai accordé au débiteur en difficulté, et l'aumône, qu'Allah fait fructifier.
7. Comment s'en préserver au quotidien ?
Le livre de Cheikh Raslân consacre un chapitre entier à ce sujet, intitulé « Consommer ce qui est licite et se préserver des ambiguïtés ». Allah a ordonné aux messagers de choisir ce qui est pur avant même de leur ordonner les bonnes œuvres :
« Messagers ! Choisissez les nourritures les plus pures et accomplissez les œuvres les plus vertueuses. Je sais parfaitement ce que vous faites. » [Al-Mu’minûn, 51]
Le Prophète ﷺ a dit : « Allah est bon et Il n’accepte que les bonnes choses », puis il a évoqué l'homme qui lève les mains au ciel en disant « Ô Seigneur, ô Seigneur ! », alors que sa nourriture, sa boisson et ses vêtements sont illicites : « Comment peut-il donc être exaucé ? » (rapporté par Muslim). Ibn Kathîr, cité dans le livre, en tire la leçon : « le licite aide à accomplir des œuvres vertueuses ».
Le livre ajoute un conseil tiré du Coran : au milieu des versets sur l'usure, Allah mentionne ceux qui accomplissent la prière et s'acquittent de la zakat. Pour Cheikh Raslân, c'est le plus grand moyen de s'écarter des gains usuraires, car la prière détourne du mal et la zakat est une bienfaisance envers les gens, l'inverse de l'usure.
Les questions modernes : ce que disent les fatwas
Le livre de Cheikh Raslân pose les règles générales : tout supplément exigé sur un prêt est du riba, quel que soit son taux et quel que soit le prêteur. Pour deux cas pratiques qu'il ne détaille pas, voici les réponses de fatwas publiées.
Payer en plusieurs fois, plus cher qu'au comptant : est-ce du riba ?
Non, s'il s'agit d'une vente. Le site Islamweb répond que la vente à tempérament est permise : le vendeur peut fixer un prix plus élevé en raison du délai, à condition que cette majoration soit fixée et acceptée au moment du contrat (fatwa n° 16860). La différence avec le riba : on achète une marchandise, on n'emprunte pas une somme d'argent pour en rendre davantage.
Que faire des intérêts déjà versés sur un compte ou un livret ?
Les fatwas consultées concordent : on ne garde que son capital, et on ne profite pas des intérêts. Islamweb précise que ces intérêts doivent être dépensés au profit des musulmans ou donnés aux pauvres, et que « l'on n'a pas le droit de dépenser ces intérêts pour soi » (fatwa n° 135049). Islam Q&A rapporte la même réponse du Comité permanent des savants et de Cheikh Ibn Bâz : ne pas utiliser ces intérêts, mais ne pas non plus les laisser à la banque, et les dépenser dans des œuvres de bien (question n° 23346).
Pour tout autre produit (cartes, assurances, montages dits « islamiques »), appliquez la règle du livre, et interrogez un savant digne de confiance sur le contrat précis.
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