Ramadan : comment l'accueillir et bien le vivre

Le ramadan ne commence pas au premier jour de jeûne : il se prépare. Cheikh Mouhammad Sa‘îd Raslân le répète dans ses sermons réunis en deux volumes, Pour toi mon frère : guide complet du mois de Ramadan. Voici, d'après ce livre, comment accueillir ce mois, ce que valent ses jours, comment le Prophète ﷺ le vivait et comment s'acquitter de la zakat al-fitr à sa fin.

Quand commence le ramadan 2027 ?

Selon les calendriers prévisionnels, le ramadan 2027 devrait commencer en France autour du lundi 8 février 2027, pour s'achever vers le 9 mars. La date exacte se décide à l'observation du croissant de lune et peut varier d'un jour. Le Coran lie en effet le jeûne à la présence du mois :

« C’est au mois de Ramadan que fut révélé le Coran dont les enseignements indiquent clairement aux hommes la voie du salut en leur permettant de discerner le vrai du faux. Quiconque parmi vous est présent en ce mois devra donc le jeûner. Quant à celui qui est malade ou en voyage, il devra jeûner un nombre équivalent de jours. Allah veut vous faciliter les choses, non les rendre malaisées, et vous permettre de jeûner le mois en entier et de célébrer, en signe de reconnaissance, Sa grandeur pour vous avoir guidés. » [Al-Baqara, 185]

Pourquoi Allah a prescrit le jeûne

« Vous qui croyez ! Le jeûne vous est prescrit - de même qu’il fut prescrit aux nations qui vous ont précédés - afin de vous préserver du péché. » [Al-Baqara, 183]

Pour Cheikh Raslân, tout est dans la fin du verset. Le jeûne est un moyen d'atteindre la piété, et c'est là l'une des plus grandes sagesses de sa prescription. Il en tire une conséquence nette : si le jeûne n'empêche pas l'homme de pécher, celui-ci n'a pas vraiment jeûné. Il cite à l'appui ce hadith : « Certains jeûneurs ne tireront de leur jeûne que la faim et la soif. Et d’autres jeûneurs qui effectuent des prières nocturnes n’en tireront que l’insomnie. » (rapporté par Ibn Mâjah, n° 1690, et cité par al-Albânî dans Sahîh at-Targhîb wa at-Tarhîb, n° 1083).

Se préparer avant le début du mois

Le cheikh décrit les étapes qui précèdent l'entrée dans « la meilleure des périodes d'obéissance ».

Se repentir sincèrement

La première étape est le repentir. Il en rappelle les conditions : cesser immédiatement le péché, le regretter, avoir la ferme intention de ne plus le commettre, et réparer les injustices envers ceux que l'on a lésés, car le repentir qui touche aux droits des gens passe par la réparation du tort causé. Il y ajoute la réforme de la croyance : se repentir de tout ce qui l'entache, innovation ou association, pour la ramener à sa pureté première.

Alléger ses habitudes

Le cheikh invite à arracher du cœur les mauvaises habitudes devenues une seconde nature, avant que le mois n'arrive : « Nous devons donc moins manger, moins parler et moins dormir. » Il s'étonne de voir un mois fait pour priver l'âme de ses désirs devenir une saison où l'on se délecte de nourriture, de boisson et de sommeil : cela reste licite, écrit-il, mais ce n'est pas le but du jeûne.

Purifier son cœur envers les musulmans

Il faut aussi scruter son cœur, n'avoir que de bonnes pensées envers ses frères, leur vouloir le bien, et se garder de la médisance, que le cheikh range parmi les grands péchés. Il rappelle que les croyants sont comme un seul corps : « lorsqu’un membre se plaint, le reste des membres souffrent de fièvre et d’insomnie » (rapporté par al-Boukhârî, n° 6011, et Mouslim, n° 2586).

Les mérites du jeûne

Abou Oumâma demanda au Messager d'Allah ﷺ de lui indiquer une œuvre qui le ferait entrer au Paradis. Il répondit : « Attache-toi au jeûne, car il n’a assurément aucun équivalent. » (rapporté par an-Nasâ'î et authentifié par al-Albânî dans Sahîh at-Targhîb, n° 986). Le livre réunit d'autres promesses :

  • « Quiconque jeûne un jour dans le sentier d’Allah verra Allah l’éloigner de l’Enfer d’une distance de soixante-dix ans. » (al-Boukhârî, n° 2840, et Mouslim, n° 1153)
  • Dans un hadith qudsî, Allah dit : « Tout acte du fils d’Adam lui revient. La bonne action vaut dix, à sept cents multiples. Sauf le jeûne. Il est certes à Moi et c’est Moi qui le rétribue. » (al-Boukhârî, n° 1904, et Mouslim, n° 1151)
  • « Celui qui jeûne le Ramadan avec foi et espérance verra Allah lui pardonner ses péchés précédents. Et celui qui prie la nuit durant ce mois avec foi et espérance verra Allah lui pardonner ses péchés précédents. Et celui qui prie la nuit du destin avec foi et espérance verra Allah lui pardonner ses péchés précédents. » (al-Boukhârî, n° 35, 37 et 38, et Mouslim, n° 760)

Ces faveurs, conclut le cheikh, n'ont été données à aucune autre communauté.

Comment le Prophète ﷺ vivait le ramadan

Sa conduite, résume Cheikh Raslân, consistait à multiplier les actes d'adoration : aumône, bienfaisance, récitation du Coran, prière, rappel d'Allah et retraite spirituelle. Ibn ‘Abbâs rapporte qu'il était le plus généreux des hommes, et plus généreux encore en ramadan, quand l'ange Jibrîl venait chaque nuit réviser le Coran avec lui (al-Boukhârî, n° 6, et Mouslim, n° 2308). Pendant la dernière décade, il se retirait à la mosquée pour se consacrer à son Seigneur (al-Boukhârî, n° 2026, et Mouslim, n° 1172).

Le repas de l'aube et la rupture au coucher du soleil suivent ce que fixe le Coran :

« Mangez et buvez jusqu’au moment où se distingueront clairement les premières lueurs de l’aube dans l’obscurité de la nuit, puis jeûnez jusqu’à la tombée du jour. » [Al-Baqara, 187]

Sur ces deux moments, lisez nos articles consacrés aux bienfaits du sahour et à la formule « saha ftourkoum ».

Ce qui vide le jeûne de son sens

Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui ne renonce pas aux mauvaises paroles et à l’injustice, Allah n’a pas besoin qu’il délaisse la nourriture et la boisson. » (al-Boukhârî, n° 1903). Cheikh Raslân explique que les « mauvaises paroles » désignent tout écart dans le propos : mensonge, colportage, insultes et autres péchés de la langue. Allah, dit-il, n'accepte pas que le serviteur s'abstienne de manger et de boire tout en prononçant de mauvaises paroles et en se montrant injuste.

Le jeûne est au contraire une protection : « Lorsque l’un d’entre vous jeûne, qu’il parle de manière convenable et ne s’emporte pas. Et si quelqu’un le combat ou l’insulte, qu’il dise : “Je jeûne.” » (al-Boukhârî, n° 1904, et Mouslim, n° 1151). Il protège le regard, la langue et tous les membres.

La zakat al-fitr : qui, quoi, quand ?

Le second volume consacre un chapitre entier à l'aumône de la rupture du jeûne. Voici ses règles, telles que le cheikh les expose.

Qui doit la verser ?

C'est une obligation pour tout musulman : petit et grand, homme et femme. Ibn ‘Omar rapporte que le Messager d'Allah ﷺ a prescrit un sâ‘ de dattes ou d'orge pour chacun d'eux (al-Boukhârî, n° 1503). Le chef de famille la verse pour lui-même et pour ceux qui sont à sa charge, comme l'épouse et les enfants, s'ils ne peuvent la verser eux-mêmes. Elle n'est due que par celui qui possède plus que ses besoins du jour et de la nuit de l'Aïd ; celui qui a moins d'un sâ‘ donne ce qu'il peut. Pour l'enfant à naître, elle n'est pas obligatoire, mais on peut la verser en son nom, comme le fit ‘Othmân.

Que donner ?

De la nourriture : dattes, blé, riz, raisins secs, fromage et autres denrées de base. Le sâ‘ vaut quatre mudd, le mudd étant ce que contiennent les deux mains jointes d'un homme de corpulence moyenne. Le livre l'estime à environ 2,4 kg de blé de bonne qualité. Cheikh Raslân précise qu'on ne la donne pas en vêtements ni en objets, et il juge qu'on ne la verse pas en argent, car le Prophète ﷺ et ses Compagnons s'en acquittaient en nourriture. Il rappelle que les hanafites l'autorisent en argent, et répond que Mâlik, ach-Châfi‘î et Ahmad soutiennent l'avis contraire.

Quand la verser ?

Elle devient due au coucher du soleil la veille de l'Aïd. Le meilleur moment est le matin de l'Aïd, avant la prière ; il est permis de la donner un ou deux jours avant, comme le faisait Ibn ‘Omar (al-Boukhârî, n° 1511). Après la prière, elle ne vaut plus que comme une aumône ordinaire, sauf excuse valable : « Celui qui s’en acquitte avant la prière de l’Aïd, son aumône sera acceptée. En revanche, celui qui la verse après la prière, elle sera considérée comme une aumône ordinaire. » (rapporté par Abou Dâwoud, n° 1609, et Ibn Mâjah, n° 1827, jugé bon par al-Albânî dans Al-Irwâ', n° 843). ‘Ikrima disait que l'homme verse sa zakat le jour de la fête avant d'aller prier, car Allah dit :

« Bienheureux, en vérité, celui qui purifie son âme, qui invoque le nom de son Seigneur et accomplit la prière. » [Al-A‘lâ, 14-15]

À qui la donner ?

Aux pauvres et aux nécessiteux seulement, car le Prophète ﷺ l'a prescrite « pour nourrir les nécessiteux ». On la donne là où l'on se trouve ; celui qui ne connaît aucun pauvre autour de lui charge quelqu'un de la remettre en son nom là où il y a des nécessiteux.

Des livres pour préparer le ramadan

À lire aussi : les mérites des six jours de chawwal · les invocations du matin et du soir · tous les livres de la série Cheikh Raslan

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